|
« — On va s’arrêter là-dessus.
— Déjà ? Mais je n’ai pas eu le temps de vous dire que… »
Précisément ! Dans une analyse, il ne s’agit pas de tout dire. D’ailleurs, cela est-il seulement possible ?
Lacan indique que dire toute la vérité, les mots y manquent 1. Dès lors, s’agit-il d’allonger la durée des séances
pour que le sens se déploie et, pour le dire autrement, mène à l’enlisement du sujet ou s’agit-il plutôt de parier
sur le fonctionnement par pulsations, battements, de l’inconscient – sitôt la formation de l’inconscient surgie que cela se referme ?
Lacan envisage un abord de la séance qui prenne en compte cette modalité de l’inconscient. Il introduit de la variabilité
dans la durée même des séances. Le standard de quarante-cinq minutes promu par l’Association internationale de psychanalyse (IPA)
choit et advient la possibilité d’un acte : coupure, scansion et ponctuation – autant de modalités qui permettent des résonances.
Alors que le sens mortifie, fait disparaître le sujet sous le signifiant, la coupure – qui isole le signifiant et le sépare de son signifié,
ouvre à l’équivoque – remet du jeu avec le signifiant, l’étau se desserre. Des effets de vivification en découlent.
En somme, la question de la durée de la séance et sa levée concerne de près l’inconscient et l’interprétation.
La durée de la séance n’est pas le seul point que Lacan déstandardise. Loin de l’ornière développementale, à laquelle notre modernité
veut river l’être parlant, il introduit la logique. Les phases de développement, toujours obsolètes pour attraper ce qui est en jeu pour un sujet,
cèdent la place à une logique de la cause et de la représentation dans le langage, il s’agit des « opérations de la réalisation du sujet
dans sa dépendance signifiante au lieu de l’Autre 2 » : aliénation et séparation.
Nous pourrions également dire que la logique permet à Lacan d’opérer sur le temps autrement, de le séparer de l’unité mesurable
pour en faire sourdre une articulation. D’ailleurs, il élabore des temps logiques : « l’instant du regard, le temps pour comprendre
et le moment de conclure 3 », qu’il applique à l’analyse.
Variations, titrons-nous en référence à ces compositions musicales du même nom, car il s’agit de souligner, comme le dit le lexique,
les changements d’aspect, de degré et de valeur que le temps subit dans une analyse, mais également la diversité de lectures de cette notion
si complexe et si proche de l’espace, qui se trouve ici « repris[e] sous différents aspects 4 » : dans la pratique et dès les premiers entretiens,
dans la considération du sujet de l’inconscient comme résultat d’opérations, dans l’actualité de la clinique et des discours.
Gagnez du temps, lisez ce numéro !
Romain Aubé
1. Cf. Lacan J., « Télévision », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 509.
2. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 188.
3. Lacan J., « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 204.
4. Entrée « Variation » dans le Centre national de ressources textuelles et lexicales, disponible sur internet.
|